Uprona de l’opposition : de la « nyakurisation » à l’horizon ?

iwacu_413-1-930x550(13.02.2017, http://www.iwacu-burundi.org) Tension au sein de l’Uprona de l’opposition. Le président de ce parti a été suspendu de ses fonctions. Une décision nulle et sans effet, selon Charles Nditije.

« Le président actuel reste Charles Nditije,» martèle Bonaventure Gasutwa, le fraîchement nommé par Charles Nditije comme porte-parole de l’Uprona de l’opposition. Selon lui, ceux qui ont pris cette décision de suspendre le président du parti n’en avaient pas les compétences. «Ce ne sont que des gens avides de pouvoir qui veulent se positionner pour occuper quelques places dans les institutions. »

Le camp du vice-président, Evariste Ngayimpenda ne l’entend pas de cette oreille. « La suspension de Charles Nditije au poste de président s’est faite selon les textes qui régissent ce parti, » affirme Tatien Sibomana, bras droit de Ngayimpenda. Selon lui, le bureau exécutif du comité central a fait son travail en bonne et due forme. « Le président du parti de l’Uprona de l’opposition est Evariste Ngayimpenda. »

Les griefs reprochés à Charles Nditije sont notamment sa volonté de gérer le parti comme s’il en était le fondateur. Il est également accusé de confondre le parti Uprona au Cnared. « Si le parti Uprona ne prend jamais de position officielle à travers ses organes et qu’il se contente des communiqués de Pancrace Cimpaye, ce sera la fin de l’Uprona au profit de la plateforme.»

Tout s’est enchaîné très vite

Le conflit fait surface avec la session de dialogue convoquée par le facilitateur dans la crise burundaise au début de cette année. Charles Nditije adhère au boycott lancé par le Cnared. Pas de dialogue tant que l’ancien président Mkapa en assure la facilitation. Sauf qu’à Bujumbura, Ngayimpenda et sa clique sont plutôt favorables au dialogue. Ils décident donc de se réunir pour statuer sur Arusha. La décision est prise. L’Uprona doit participer.

Nditije décide alors de se défaire du porte-parole Tatien Sibomana. La raison avancée par le président de ce parti est que Tatien Sibomana a décidé de répondre à l’invitation du facilitateur Mkapa malgré son interdiction. « J’ai les compétences de le démettre de ses fonctions car c’est moi et, non le Comité exécutif, qui l’ai nommé à son poste. »

Evariste Ngayimpenda, le vice-président de ce parti convoque pour sa part une conférence de presse. Il indique que la décision de répondre à l’invitation du facilitateur Mkapa a été décidé par le Comité exécutif. « Celui-ci a sommé Tatien Sibomana à y participer. Il ne doit pas être démis de ses fonctions pour une décision prise par ce comité.»
Sauf que Charles Nditije continue sur sa lancée et décide en date du 15 janvier la nomination de Bonaventure Gasutwa et Emmanuel Nkengurutse, respectivement porte-parole et porte-parole adjoint du parti.

La guerre des textes

Chaque camp veut avoir raison, et c’est l’autre qui a tort. Quitte à exploiter à sa sauce les dispositions statutaires du parti. Mais au final qui a raison ?

Selon le camp Nditije, la suspension de celui-ci n’a pas respecté les normes. Selon Gasutwa, le président et son vice ont été mis en place par le comité central du parti. Celui-ci ou alors le congrès ont les prérogatives de le suspendre. « Ce n’est pas au Bureau exécutif, qui est à l’échelle inférieure de le faire. »

Quand bien même ce Bureau serait compétent, le quorum n’a pas été atteint, toujours selon Gasutwa. « Les 23 signatures sont insuffisantes pour plus de 80 membres constitués en 2014.»

Il dit non fondées les raisons avancées par le camp adverse comme quoi les abandons et l’exil ont diminué le nombre des membres du bureau. « Qui peut affirmer qu’ils ont abandonné ? Et que ceux qui sont exilés ne travaillent pas ? »
Le camp Ngayimpenda-Tatien balaie ces allégations d’un revers de main. Texte à l’appui. Pour Sibomana, le règlement d’ordre intérieur du bureau exécutif du Comité central du parti Uprona, en son article 3, stipule que « les réunions de ce Bureau sont convoquées par le président du parti ou son vice-président,.. »

Pour ce qui est de la validité des réunions, l’article 7 indique que les membres du Bureau Exécutif délibèrent valablement si au moins la majorité des 2/3 des membres est présente.
Concernant la prise de décision, le consensus est une possibilité. Et à défaut, la majorité des 2/3 des membres présents, selon son article 8.

Selon Tatien Sibomana, suite aux différentes crises cycliques, le bureau exécutif du comité central de l’Uprona qui comptait auparavant 71 membres, a connu des perditions. Ainsi, il y a eu 3 morts, dont feu Manwangari.

Certains ont abandonné. Ils sont au nombre de 6. Il s’agit de Thérence Sinunguruza, Bonaventure Niyoyankana, Eugène Ndaro, Victoire Ndikumana et un certain Méthode de Mwaro. Ceux-là ne participent plus et ne sont pas allés dans l’Uprona des institutions.

9 membres ont été contraints à l’exil et ne participent plus à des réunions. « Et si on leur demandait quel camp ils choisissent, il n’est pas évident qu’ils optent pour Nditije », affirme Tatien Sibomana. Il s’agit de Baribwegure Pie, Aline Ngendankazi, Poppon Mudugu, Thérence Ndikumasabo, Cathérine Mabobori, Kabura François, Bigirindavyi Thierry, Emmanuel Nkengurutse et le président Charles Nditije.

Contacté pour confirmer son éloignement de la scène politique, Bonaventure Niyoyankana indique « regarder de loin cette triste saga, depuis ma démission ». Assez remonté par ce qui se passe, il conclut : « Je n’appartiens à aucun Uprona, que ce soit celui de Nditije, de Ngayimpenda ou encore de Gashatsi… Je pourrais revenir si c’est pour réparer le parti et l’unifier.»

En clair, selon Tatien Sibomana, le fameux Bureau compte 18 perditions et 30 qui sont restés au pays pour un total de 48 membres. Les 23 autres sont allés gonfler les rangs de l’Uprona institutionnel.

Ainsi donc, sur les 30 membres du bureau exécutif du comité central de l’Uprona, le quorum requiert les 2/3, soit 21 signatures. « Nous avons dépassé le quorum, avec 23 signatures.»

Agnès Ndirubusa  

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