Colonel BIKOMAGU Jean, une figure de l’ancienne armée tutsi assassinée à Bujumbura

Col BIKOMAGU(AFP , 15 août 2015 à 14:21) Un ex-chef d’état-major de l’armée burundaise, figure du camp tutsi pendant la guerre civile (1993-2006), a été assassiné samedi à Bujumbura par des inconnus, nouvel incident qui témoigne de l’atmosphère de violences qui prévaut désormais au Burundi.

Le colonel Jean Bikomagu a été tué à la mi-journée par des inconnus alors qu’il rentrait à son domicile dans le quartier de Kabondo (sud), a indiqué à l’AFP un membre de sa famille.

Les assaillants ont ouvert le feu sur sa voiture, devant le portail de la maison, avant de prendre la fuite. Sa fille a été grièvement blessée, a-t-on précisé de même source.

Le colonel Bikomagu était une figure des ex-Forces armées burundaises (FAB) pendant la sanglante guerre civile entre l’armée, dominée par la minorité tutsi, et des rébellions hutu, qui fit près de 300.000 morts. Il était notamment chef d’état-major dans les premières années de la guerre, lors du coup d’État mené en octobre 1993 par des officiers tutsi au cours duquel le président hutu Melchior Ndadaye fut assassiné.

Lui-même tutsi, le colonel Bikomagu, bien qu’à la retraite et reconverti dans le civil, incarnait à lui seul cette ancienne armée burundaise tenue par des officiers tutsi, ennemie jurée de la rébellion du CNDD-FDD aujourd’hui au pouvoir.

-‘Un symbole’-

«Bikomagu était totalement hors jeu politiquement, il ne pesait plus grand chose au sein de l’armée, c’est surtout un symbole que l’on a assassiné», a commenté un ex-diplomate, fin connaisseur du pays.

Sa mort intervient une douzaine de jours après l’assassinat d’un cacique du régime et homme fort de l’appareil sécuritaire, le général Adolphe Nshimirimana. Ce proche du président Pierre Nkurunziza, personnalité-clé de l’ancienne rébellion hutu, avait été tué dans une attaque à la roquette dans un quartier nord de la capitale, faisant craindre de sanglantes représailles du camp présidentiel, de la part notamment de la ligue de jeunesse du CNDD-FDD, qualifiée de milice par l’ONU.

Le lendemain, un célèbre défenseur burundais des droits de l’Homme, Pierre-Claver Mbonimpa, qui avait plusieurs fois accusé publiquement le général Nshimirimana d’avoir exécuté des opposants, était blessé dans une tentative d’assassinat. Il a depuis quitté le pays pour la Belgique.

Le Burundi traverse une grave crise politique depuis la fin avril quand a débuté une contestation populaire contre un troisième mandat présidentiel. Malgré des violences qui ont fait une centaine de morts et un coup d’État avorté mi-mai, le président Nkurunziza (au pouvoir depuis 2005) a été officiellement réélu fin juillet, lors d’un scrutin contesté notamment par l’opposition, la société civile et la communauté internationale.

En quelques mois, le pays s’est enfoncé dans une dangereuse spirale de violence. Presque chaque nuit, Bujumbura résonne de rafales d’armes automatiques et de détonations de grenades, avec voitures incendiées et cadavres découverts au petit matin. En journée, quartiers bouclés, rafles d’opposants présumés et perquisitions par la police se multiplient.

L’armée est aujourd’hui profondément divisée, alors que d’anciens putschistes ont annoncé en juillet avoir pris le maquis. Des sources concordantes font état de l’infiltration de rebelles ou de mutins armés dans les quartiers contestataires, avec une montée en puissance évidente de cette nouvelle insurrection. Au moins sept membres du CNDD-FDD ont été tués récemment, ce parti dénonçant une «campagne d’assassinats ciblés» contre ses cadres.

-‘Condoléances’-

Dans ses discours publics, le camp présidentiel a fait preuve jusqu’à présent d’une relative retenue. Il en va tout autrement en coulisses, dans les réunions du parti ou sur les réseaux sociaux notamment, où certains n’hésitent pas à jouer la carte de l’ethnisme, sans grand résultat jusqu’à présent.

Le parti CNDD-FDD insinue ainsi régulièrement que les zones tutsi sont les berceaux de la contestation. Ce qui est inexact, de l’avis de tous les observateurs, qui soulignent la présence de nombreux Hutu parmi les opposants armés, notamment de militants de l’ancienne rébellion des FNL. Les experts constatent également que la grande majorité des Burundais refuse toujours de céder au réflexe ethnique, conséquence notamment de l’accord de paix d’Arusha qui a mis fin à la guerre et permis une miraculeuse réconciliation.

De sources concordantes, plusieurs officiers des forces de sécurité, anciens commandants rebelles, ont très clairement promis de venger l’assassinat du «général Adolphe» par la mort d’une personnalité au moins équivalente dans le «camp d’en face», c’est-à-dire, pour beaucoup de ces cadres du CNDD-FDD, la communauté tutsi.

Sur Twitter, un conseiller à la présidence, Willy Nyamitwe, a exprimé ses «condoléances» à la famille du colonel Bikomagu, et estimé que ce «crime s’inscrit dans le registre d’autres assassinats odieux». Un autre compte pro-pouvoir regrettait lui que l’ex-officier n’ait «pas pu être jugé pour les centaines de milliers de Hutu qu’il a tués au Burundi».

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