Plus zélé que « Doudou » tu meurs

(le 28-03-2014, http://www.iwacu-burundi.org/) Après le rejet du projet de révision de la Constitution par l’Assemblée nationale, le ministre de l’Intérieur a perdu son calme. Il est allé jusqu’à annoncer la candidature du président Nkurunziza. Même son propre camp n’a pas apprécié.

Edouard Nduwimana : « Je n’ai pas annoncé la candidature … J’ai tout simplement donné des conseils aux politiciens » ©Iwacu

Et pourtant, le ministre de l’Intérieur avait toujours clamé que l’Assemblée nationale a le dernier mot sur la révision de la Constitution. Mais voilà que le jour même du vote, le 21 mars dernier, il vient annoncer qu’il restait au président de la République la carte référendaire. En précisant que les propositions qui seront portées au vote de la population seront autres que celles figurant dans le projet rejeté. Quant au financement du référendum, a ajouté M. Nduwimana, la légitimité électorale du gouvernement lui permettra de lever les fonds suffisants.

Le référendum soulevé par le ministre de l’Intérieur va être au centre d’une polémique. L’opposition tire à boulets rouges. Le vote de l’Assemblée nationale remplace le référendum, et vice versa. Ce dont ne semble se préoccuper le gouvernement, qui n’a pas encore réagi sur ce point.

Mais Edouard Nduwimana semble avoir enfourché un autre cheval de bataille. En annonçant tous azimuts que Pierre Nkurunziza sera candidat en 215. « Ce que nous dénonçons aujourd’hui, c’est qu’il y a des gens qui veulent faire croire que la question d’un autre mandat est close. Ce n’est pas vrai. Ce que je conseille aux politiciens qui vont être candidats à la présidentielle, c’est de se préparer en sachant qu’ils auront en face d’eux le président actuel qui sera candidat. Ce sera à la Cour constitutionnelle de trancher dans un sens ou dans un autre et les Burundais devront respecter cette décision », a déclaré un Edouard Nduwimana énervé.

Excès de zèle

Apparemment, les propos du ministre ont été peu appréciés au sein du parti au pouvoir. C’est le désaveu. « Le parti Cndd-Fdd n’a jamais remis au ministre de l’Intérieur ou à ses services le candidat aux élections de 2015. C’est le congrès extraordinaire du Cndd-Fdd, prévu pour l’année prochaine, qui choisira ce candidat » a lancé le porte-parole du parti, Onésime Nduwimana.
Le porte-parole de Pierre Nkurunziza, Léonidas Hatungimana, enfonce le clou. Fidèle à ses précédentes déclarations, il a indiqué que seul le parti Cndd-Fdd a la prérogative de choisir un candidat pour les élections présidentielles de 2015. Les deux officiels ont souligné que « ce n’est pas encore le moment pour le Cndd-Fdd d’annoncer cette candidature ». Même le principal concerné, Pierre Nkurunziza, s’en est toujours remis à la décision du parti.

Confus, « Doudou » a essayé de s’en sortir. Son explication a fait rire : « Je n’ai pas annoncé la candidature…J’ai tout simplement donné des conseils aux politiciens car en politique c’est prévoir. »

L’annonce de la candidature de l’actuel chef de l’Etat aux présidentielles de 2015 par le ministre de l’Intérieur a suscité beaucoup de réactions. Aussi bien dans le milieu politique que dans la société civile.

Chevineau Mugwengezo  ©Iwacu

Chauvineau Mugwengezo : « Edouard Nduwimana a toujours servi de pion »

« Le ministre de l’Intérieur Edouard Nduwimana a toujours servi de pion pour lancer des messages traduisant la volonté du président de la République. Bref, les signes avant-coureurs, c’est toujours lui qui les lance ». Selon le porte-parole de l’ADC-Ikibiri, les propos du mininter reflètent la volonté du président. Cependant, il avertit que la société civile et toutes les forces vives de la nation vont se coaliser pour «  empêcher cette tricherie. »

Focode : « C’est la fin de l’hypocrisie »

Pour le Forum pour la conscience et le développement (Focode), le ministre de l’Intérieur a mis fin aux langages hypocrites. Pacifique Nininahazwe, son président, rappelle que chaque fois qu’on dénonçait que la révision de la Constitution ne visait que le 3ème mandat de Pierre Nkurunziza, la réponse était unique : « Il faut attendre la position du président sur cette question ». S’il brigue un 3ème mandat, conclut-il, M.Nkurunziza aura violé l’Accord d’Arusha et la Constitution du Burundi.

«Le Cndd-fdd n’a mandaté personne pour annoncer cette candidature »

Onésime Nduwimana, porte-parole du Cndd-fdd fait savoir qu’il n’est pas encore temps d’annoncer le candidat pour les élections de 2015. D’après lui, les déclarations d’Edouard Nduwimana, ministre de l’Intérieur n’engagent que lui.
D’après le porte-parole du parti présidentiel, tous les militants savent que ce n’est pas le moment d’annoncer la candidature. «Même d’autres partis ou les indépendants n’ont pas encore fait cela ». Pour lui, aucune réunion n’a été organisée par le Cndd-fdd sur cette question : «Nous n’avons pas encore proclamé un candidat. »

Léonidas Hatungimana, porte-parole du président  ©Iwacu

Léonidas Hatungimana : « Ces déclarations ne nous engagent pas »

M. Hatungimana indique qu’il revient au ministre de l’Intérieur de préciser d’où il a tiré ces déclarations. La présidence de la République maintient sa position : «La décision de la candidature émanera des organes du parti au moment opportun. » D’après lui, le Cndd-fdd n’a pas encore demandé à Pierre Nkurunziza de se faire élire en 2015.

Gaston Sindimwo : « C’est une guerre inutile ! »

Les propos tenus par le ministre de l’intérieur n’engagent que lui. Pour le secrétaire général du parti Uprona reconnu par le ministre de l’intérieur, parler des candidats aux élections aujourd’hui n’a pas de sens:« Ce sont les partis politiques qui présentent les candidatures à la CENI. » Il estime que le problème des mandats présidentiels ne préoccupe pas actuellement son parti. « C’est une guerre inutile. A l’Uprona, ce qui nous tient à cœur, c’est de préparer notre candidat aux élections, à entrer en compétition avec n’importe qui ».

Tatien Sibomana : « Le pouvoir veut contrevenir à la loi »

Pour le porte-parole de l’Uprona non reconnu par le ministère de l’intérieur, le pouvoir Cndd-Fdd veut montrer sa volonté de forcer les choses. « Il veut contrevenir à la loi car l’accord d’Arusha et la Constitution sont claires ». Il précise que l’accord d’Arusha, dans son article sept, stipule qu’aucun président burundais ne pourra plus dépasser deux mandats. Saisir la Cour constitutionnelle, comme l’a annoncé le ministre, serait, selon lui, se moquer de l’Accord d’Arusha : « Car la Cour constitutionnelle ne doit pas être saisie pour interpréter l’Accord d’Arusha.»

Rénovat Ndabashinze, Dieudonné Hakizimana, Nadine Nkengurutse et Edouard Madirisha

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