8 mars 2014 : une manifestation qui a dégénéré

(8 mars 2014, http://www.iwacu-burundi.org) 70 personnes ont été écrouées à la prison centrale de Mpimba depuis le 8 mars. Leur crime : avoir participé à l’appel de la manifestation du MSD. Iwacu revient sur cette journée pas comme les autres.

Des jeunes arborant des pancartes lors des affrontements avec des policiers ©Iwacu

Des jeunes arborant des pancartes lors des affrontements avec des policiers ©Iwacu

Des sources concordantes révèlent que des jeunes du MSD s’étaient tous donné rendez-vous samedi, 8 mars à la place de l’Indépendance. Ils auraient ensuite investi les lieux et auraient exigé des négociations avec le gouvernement.
Ces mêmes sources signalent avoir que les membres de ce parti ont versé des cotisations. Même celui qui ne pouvait pas se joindre aux autres dans la manifestation a donné sa contribution financière. « Des comités d’organisation étaient mis en place dans différents quartiers de Bujumbura», confient les mêmes sources.

Ainsi, certains jeunes ont été vus, munis de limonades et beignets, d’autres avec des médicaments. Peu de temps avant l’assaut policier à la permanence du MSD, plusieurs jeunes ont été vus avec des sachets sur la tête.

Hérménegilde Harimenshi, porte-parole de la police indique que la police avait eu vent de ces manifestations et a décidé de bloquer les grands axes routiers de la capitale. Et d’ajouter qu’un agent de la Croix Rouge se trouvait à la permanence du MSD avec des médicaments avant les affrontements. Toutefois, il affirme que la police reste convaincue qu’il le faisait à titre privé.
Léonce Ngendakumana, président de l’ADC-Ikibiri, affirme que la manifestation était bel et bien préparée par toute la coalition, contrairement à ce que veut faire croire la police. Parallèlement, une autre manifestation avait lieu, près du siège national du parti Uprona.

« Qui n’était pas au courant que la journée du 8 mars est dédiée à la femme ? »

Elles étaient environ quatre cent membres de l’Union des femmes du Burundi (UFB) à se rassembler le 8 mars, à Ku mugumya, siège du parti Uprona. Elles voulaient célébrer deux événements : l’anniversaire de l’UFB normalement célébrée le 3 mars et la journée internationale de la femme.

Cependant, les festivités ne se sont pas déroulées comme prévues. «Nous avons opté de célébrer ces deux fêtes à la permanence du parti, mais les policiers nous ont refusé l’accès», regrette Gaudence Nibogora, secrétaire générale de l’UFB en mairie de Bujumbura.
Les festivités se sont alors déroulées à quelques mètres de Ku mugumya. Elle avoue qu’elles ont fait une deuxième tentative pour entrer dans les enceintes de la permanence, en vain.

Finalement, elles ont opté de rentrer « en entonnant des chansons du parti Uprona et celles en hommage à la femme burundaise ». Arrivées au niveau de l’hôtel WaterFront, des policiers ont débarqué de leurs véhicules et ont commencé à lancer des gaz lacrymogènes. On ne déplore aucune femme blessée ni arrêtée. Cependant, pour madame Nibogora, l’UFB n’a pas à demander la permission pour faire un tel assemblement : « Qui ne savait pas que cette journée du 8 mars est dédiée à la femme ? » s’étonne Gaudence Nibogora.

Affrontements violents entre policiers et jeunes du MSD

Selon plusieurs jeunes rencontrés à la permanence du MSD, tout a commencé vers 6h30 du matin, lorsqu’une centaine de jeunes, foulards aux couleurs du parti autour du cou et autres banderoles, faisaient du sport.

Mbonimpa Claver en train de négocier auprès d’Alexis Sinduhije la libération de deux policiers ©Iwacu

Mbonimpa Claver en train de négocier auprès d’Alexis Sinduhije la libération de deux policiers ©Iwacu

Arrivés au centre ville de Bujumbura, vers 10 heures, ils se sont heurtés à un dispositif policier qui les a dispersés. Une vingtaine d’entre eux sont capturés puis conduits au parquet et à la prison centrale de Mpimba. D’autres jeunes fuient vers la permanence nationale du MSD. Des policiers les pourchassent en leur lançant des gaz lacrymogènes tandis que les jeunes répliquent avec des jets de pierre. Au cours de ces échauffourées, deux policiers sont capturés et enfermés dans un des bureaux de la permanence.
Après cette prise en otage, la tension monte d’un cran. Plusieurs policiers, munis de boucliers et d’armes, se placent à une centaine de mètres de la permanence.

« Ils étaient venus nous tuer et nous nous sommes défendus »

A 15 heures passées, une centaine de jeunes entonnent des chants de leur parti. Pendant ce temps, des jeunes du MSD continuent leurs chants et distribuent des sachets pour se protéger d’éventuels gaz lacrymogènes.
Alexis Sinduhije explique aux journalistes dans une interview qu’il ne s’agit pas d’une prise d’otages mais d’une autodéfense : « Ils étaient venus nous tuer et nous nous sommes défendus. »

Distribution des sachets peu de temps avant l’assaut ©Iwacu

Distribution des sachets peu de temps avant l’assaut ©Iwacu

Le président du MSD demande que les arrestations arbitraires cessent : « Monsieur Nkurunziza doit comprendre qu’il n’est pas au-dessus de la loi. On ne l’acceptera plus jamais. Je résisterai jusqu’au bout. Je sortirai de cette résistance libre ou mort ».
Alexis Sinduhije exige aussi la mise en liberté des policiers contre la relaxation de ces militants, des prisonniers politiques comme Hussein Radjabu et Frédéric Bamvuginyumvira ainsi que tous ceux qui ont déjà purgé un quart de leur peine.

L’assaut

Vers 16 heures, Pierre Claver Mbonimpa, président de l’Aprodh, essayent de jouer les facilitateurs entre M. Sinduhije et les officiers de la police, sans beaucoup de succès. Une heure plus tard, les militants du MSD acceptent de rendre deux armes AK 40 qu’ils avaient confisqués aux deux policiers, mais gardent leur motorolas.

A 17h53. La police décide de lancer l’assaut à coups de grenades lacrymogènes, de rafales de kalachnikovs et même de bombes, accusant les jeunes du MSD d’avoir tiré les premiers.
Après une demi-heure d’affrontements, elle occupe la permanence, mais Alexis Sinduhije et ses principaux collaborateurs ont pris le large. Une dizaine de jeunes sont arrêtés, les deux policiers pris en otages libérés.

Des effets nocifs des grenades lacrymogènes

Selon Docteur Janvier Nihorimbere, le gaz lacrymogène peut causer des problèmes respiratoires.
Quand on le lance, explique-t-il, les voies aériennes supérieures ou basses sont touchées : «C’est à partir du nez jusqu’aux bronches.» D’après lui, un asthmatique peut avoir des difficultés plus que d’autres individus.
Ainsi, prévient-il, lorsqu’une personne reçoit des bombes à gaz lacrymogènes à l’intérieur de son domicile et qu’elle n’arrive pas à sortir, elle risque de mourir rapidement.

Le militant Rachid arrêté puis conduit au « service national de renseignements ». Il est porté disparu, selon l’Aprodh ©Iwacu

Le militant Rachid arrêté puis conduit au « service national de renseignements ». Il est porté disparu, selon l’Aprodh ©Iwacu

Ils sont pour la plupart des élèves et des étudiants ainsi que 9 femmes .Tous sont poursuivis pour les mêmes infractions : « Des arrestations entachées d’irrégularités », commente Pierre Claver Mbonimpa. Le président de l’Aprodh indique que l’irrégularité la plus flagrante aura été l’arrestation d’innocents citoyens en tenue de sport, dans la matinée du 8 mars. « La police les soupçonnait d’avoir répondu à la manifestation à l’appel du MSD ». Il souligne que d’autres ont été arrêtés dans leurs quartiers sur simple mandat de perquisition.

En outre, M. Mbonimpa déplore qu’au moment de l’instruction, seuls 16 détenus ont pu bénéficier de l’assistance d’un avocat. « Et quelle instruction, s’étonne-t-il. Les mandats d’arrêt étaient déjà établis! » Il regrette enfin qu’un mineur ait passé la nuit à la prison de Mpimba avant l’instruction proprement dite en présence d’un avocat.
Tous sont accusés de trois infractions : participation à un mouvement insurrectionnel, rébellion, outrage et violence envers les dépositaires de l’autorité ou de la force publique. Ils encourent 10 ans de prison.
Ce mercredi, le parquet a sorti un mandat d’arrêt contre Alexis Sinduhije, président du MSD.

Le fil des arrestations

– samedi, avant-midi : 22 personnes dont 1 femme. Elles faisaient du sport. Après instruction, toutes sont transférées à Mpimba.
– samedi après-midi :16 personnes dont 5 femmes à la permanence du MSD. Après une nuit au service national des renseignements, elles sont conduites au parquet. 15 seront écrouées. Un certain Rachid est « porté disparu ».
Ce même jour, 6 blessés sous mandat d’arrêt sont admis à la Clinique Prince Louis Rwagasore. Un est conduit en prison. Un autre s’évade.
– dimanche : 39 arrestations dans les quartiers. Après une nuit au BSR, 32 hommes sont écroués.
9 élèves en garde à vue au cachot de la commune Kinindo ont été relâchés.

Une réflexion sur “8 mars 2014 : une manifestation qui a dégénéré

  1. Humuriza abakunzi bikinyamakuru canyu jew Rashid ,inyuma yaho banyuruje bakansubiza muri documentation , mwijoro rya dimanche le 9 mars 2014 ,nkuko numva babivuga ngo « MUSHIKANE » baramaramaye Imana yarankuy muvyara vyabo iyo bari banjanye mwishamba ryo kuri tanganyika . Ubu ndi ahantu ninyegeje, naho numva ko bandondeza imbwa zisara ndemezako Imana ikifutse ataho bazonkura atariyo indekuye. Ndasavy umuntu wese akunda ko igihugu co tora agahengwe ahaguruke,aze tuje hamwe dufashanye kugwanira democratie. Ndasavy kandi nuwogira uko amfashije amfashe ndabangamiwe .

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