49ème anniversaire de l’assassinat du Premier Ministre Pierre Ngendandumwe

Figure emblématique dans l’histoire du Burundi

(14 janvier 2014, http://www.ppbdi.com) Compagnon de lutte pour l’indépendance aux côtés du prince Louis Rwagasore, Pierre Ngendandumwe a été assassiné quatre ans seulement après le mort du prince Louis Rwagasore. Au moment où il était Premier ministre, il a réalisé pas mal de choses au niveau politique, qui lui ont même coûté la vie.C’est du moins les avis de l’historien Emile Mworoha et de l’expert en analyse historique et politique, Athanase Boyi, qui ont été contacté, par la rédaction du quotidien « Le Renouveau ». Ils nous parlent ainsi de la vie politique du Premier ministre Pierre Ngendandumwe, du contexte de son assassinat et de son procès.

NgendandumweSelon Emile Mworoha, le Premier ministre Pierre Ngendandumwe est un des premiers acteurs importants du Burundi indépendant en ce sens qu’il était un grand compagnon du prince Louis Rwagasore dan la lutte pour l’indépendance. Ainsi, dans le premier gouvernement formé après la victoire de l’Union pour le progrès national (Uprona) lors des élections de septembre 1961, il a été nommé à la fois ministre des Finances et Vice-premier ministre. Le Burundi étant devenu indépendant avec une carence au niveau de la formation des élites, Ngendandumwe figure parmi les premiers universitaires du Burundi indépendant. De son côté, Athanase Boyi ajoute que Pierre Ngenandumwe a été le premier universitaire à avoir décroché un diplôme de licence en sciences politiques et administratives.

La vie politique de Pierre Ngendandumwe

Selon nos interlocuteurs, Pierre Ngendandumwe a travaillé, avant l’accession du Burundi à l’indépendance, dans l’administration coloniale belge après ses études à Kinshasa. Selon M. Boyi, il est le seul burundais qui a occupé les fonctions d’administrateur du territoire au même titre que les belges. Il était administrateur adjoint du territoire de Kayanza. « Il n’avait donc pas un statut de fonctionnaire burundais. Il s’habillait même comme les agents de l’administration belge ».
Dès lors que le Burundi était engagé dans le processus d’accession à l’indépendance, se souvient M. Boyi, Pierre Ngendandumwe a collaboré avec le prince Louis Rwagasore dans la fondation et dans la structuration du parti Uprona. Mais, comme il était membre de l’administration coloniale, il avait un certain devoir de réserve. Il ne s’est pas beaucoup montré, que ce soit dans les meetings ou dans les réunions de ce parti.
Ainsi, lorsque le prince Louis Rwagasore a réclamé l’annulation des élections qui avaient eu lieu en Janvier 1961 donnant naissance au gouvernement et à l’Assemblée nationale du Front commun, le gouvernement qui était en place est resté en fonction et l’Uprona est entré dedans en attendant les élections de septembre 1961 sous la supervision de l’Organisation des nations unies (Onu). C’est à ce moment que Pierre Ngendandumwe devient ministre des Finances dans le nouveau gouvernement élargi.
Cependant, Ngendandumwe a aidé le prince Louis Rwagasore pendant la campagne électorale qui a donné la victoire au parti Uprona lors des élections de septembre 1961. Il devent en même temps Vice-premier ministre et ministre des Finances. D’après Emile Mworoha, Pierre Ngendandumwe figure parmi les acteurs majeurs de l’accession du Burundi à la souveraineté nationale.

Pierre Ngendandumwe, continuateur de la lutte du Prince Louis Rwagasore

Selon Emile Mworoha, après la mort du Prince Louis Rwagasore, il y a eu une petite controverse. Comme Pierre Ngendandumwe était le Premier vice-premier ministre, certains pensaient que ce serait lui qui allait, sans doute, lui succéder au poste du Premier ministre. Au contraire, c’est le prince André Muhirwa qui a été choisi pour occuper ce poste et Pierre Ngendandumwe est demeuré Vice- premier ministre et ministre des Finances. Pour Athanase Boyi, son souci n’était pas d’être Premier ministre. Ce qui lui préoccupait, c’était que les Burundais et surtout les membres du parti Uprona ne soient pas divisés comme le souhaitaient ceux qui avaient tué le prince Louis Rwagasore. Il était également préoccupé de tirer le Burundi des mains du colonisateur.
Cependant, a indiqué Athanase Boyi, étant en même temps Vice-premier ministre de 1961 à 1962 et secrétaire général du parti Uprona, Pierre Ngendandumwe a réalisé pas mal de choses sur la plan politique national et international. Il a notamment déjoué le plan de déstabilisation des nouvelles institutions qui était concocté par Harroy. Selon lui, l’assassinat du Prince Louis Rwagasore visait la mise en cause de la victoire de l’Uprona et la création du chao dans le pays avec l’idée de tout recommencer à zéro. De la santé, les Belges auraient pus avoir l’occasion de rester au Burundi pendant quelques temps encore.
Ainsi, Pierre Ngendandumwe a vite compris ce jeu et est allé demander au gouvernement belge de rappeler Harroy. Il l’accusait de vouloir semer le chao semblable à celui qui régnait en République démocratique du Congo et plonger le Burundi dans une telle situation. Cependant, Harroy a été rappelé et est rentré le 11 janvier 1962 avant le terme de son mandat. Toujours dans le processus de décolonisation, Pierre Ngandandumwe a joué un grand rôle entre septembre 1961 et juillet 1962. Selon M. Boyi, il a participé à deux reprises (à Bruxelles et à New York) dans les réunions de négociation entre les Nations unies et le Burundi pour la décolonisation.

Son rôle après être nommé Premier ministre

Selon nos interlocuteurs, c’est le 8 juin 1963 que Pierre Ngendandumwe a été nommé Premier ministre par le roi Mwamutsa IV en remplacement d’André Muhirwa. Il est devenu ainsi le troisième Premier ministre après Rwagasore et Muhirwa. D’après Emile Mworoha, le gouvernement d’André Muhirwa a été limogé par le Mwami car le Burundi était dans une monarchie constitutionnelle. Le roi était le chef du pouvoir exécutif et c’est lui qui nommait le Premier ministre après les désaveux du premier ministre précédent par l’Assemblée nationale qui était en ce moment là en fonction.
D’après Athanase Boyi, après sa nomination au poste du Premier ministre, c’est lui qui a défini et conduit la politique extérieure après que celui qui avait été nommé au poste du ministre des Affaires étrangères, Lorgio Nimubona, a trouvé la mort dans un accident de roulage deux mois après sa nomination. Le Premier ministre Pierre Ngendandumwe a ainsi mené plusieurs actions. Il a décidé l’ouverture des relations diplomatiques entre le Burundi et la Chine ; il a apporté un soutien politique et matériel aux éléments lumumbistes qui étaient en conflit avec le gouvernement de ceux qui avaient assassiné Patrice Lumumba. Selon M. Boyi, c’est par alliance et proximité idéologique entre l’Uprona et le Mouvement national congolais (MNC) de Patrice Lumumba que Pierre Ngendandumwe leur a apporté ce soutien. En cette période, Pierre Ngendandumwe a également mené une guerre médiatique et diplomatique contre le gouvernement rwandais de Grégoire Kayibanda et a demandé officiellement l’adhésion du Burundi dans la Communauté est-africaine, etc.
Cependant , le roi Mwambutsa IV, n’était pas d’accord avec toutes ces décisions. Il a alors pris la décision de limoger certains ministres qui soutenaient Pierre Ngendandumwe. C’est ainsi que ce dernier a démissionné de son poste de Premier ministre laissant la place à Arbin Nyamoya. Ce n’est que plus tard, en janvier 1965, que le roi a décidé de le nommer pour la deuxième fois à ce poste. D’après Emile Mworoha, il y avait en cette période une instabilité politique et une sorte de division des groupes au sein de l’Assemblée nationale.

Le contexte de l’assassinat du Premier ministre Pierre Ngendandumwe

D’après Emile Mworoha, il faut situer l’assassinat du Premier ministre Pierre Ngendandumwe dans un contexte d’une guerre froide extrêmement aiguë. Au niveau du Burundi, il y avait la guerre froide; au Congo il y avait la guerre due à la révolte muleliste ; les relations qui avaient été nouées entre le Burundi et la Chine étaient mal vues par un certain nombre de puissances. Il y avait également une situation qui persistait entre les acteurs politiques burundais. « C’est tout ce contexte dont il faut tenir compte pour définir les conditions dans lesquelles le Premier ministre Ngendandumwe a été assassiné. Donc, sa mort intervient dans un contexte national et international extrêmement tendu », a-t-il ajouté.
Pour Athanase Boyi, le contexte de l’assassinat du Premier ministre Ngendandumwe n’a rien à voir avec celui du prince Louis Rwagasore. Pierre Ngendanumwe a été assassiné dans un contexte des conflits est-ouest. C’est-à-dire entre les grandes puissances qui étaient alors présentes en Afrique. Ainsi, la Chine avait énormément de succès en Afrique et voulait s’y implanter, mais les occidentaux voulaient que les pays africains se rangent de leur côté. Ainsi, tous les nationalistes africains, dont Pierre Ngendandumwe, voulaient se ranger du côté de la Chine même si, de son côté, le roi Mwambutsa voulait que le Burundi se range au côté des Etats-Unis. De ce fait, Athanase Boyi affirme que Pierre Ngendandumwe n’a pas été victime du conflit hutu-tutsi comme le croient pas mal de gens, mais du conflit entre les grandes puissances.
Quant à la réaction de la population burundaise après la mort de Pierre Ngendandumwe, nos interlocuteurs indiquent que cela a été une catastrophe pour eux en ce sens qu’ils venaient de perdre le prince Louis Rwagasore quatre ans plus tôt. Selon Emile Mworoha, voir un Premier ministre qui est assassiné alors qu’il venait d’être nommée et qui venait aussi de rendre visite à son épouse qui venait d’avoir un nouveau bébé, les Burundais ont affiché une réaction d’indignation et aussi de frayeur. Il y avait la peur d’un chao qui pouvait naître d’une grande déstabilisation des institutions.

Son procès

D’après nos deux interlocuteurs, après la mort du Premier ministre Pierre Ngendandumwe, il y a eu des arrestations de certains acteurs politiques mais. Ceux-ci ont été relâchés faute de preuves formelles. Selon M. Boyi, les enquêtes ont été suspendues parce qu’il y avait des paramètres que le procureur du roi ne métrisait pas. Ce qui a fait que tous ceux qui étaient emprisonnés ont été relâchés. Selon Emile Mworoha, le présumé tireur qui était d’origine rwandaise travaillant à l’ambassade des Etats-Unis (connu sous le nom de Muyenzi) a été aussi identifié et arrêté. « Mais curieusement, il a fini par quitter le Burundi vers l’Ouganda », a ajouté M. Mworoha.

Commémorer l’assassinat du Premier ministre Pierre Ngendandumwe come un héros

A la question de savoir s’il faut commémorer l’assassinat du Premier ministre Pierre Ngendandumwe comme héro du Burundi, nos interlocuteurs ne partagent pas le même avis. Ainsi, le professeur Mworoha trouve qu’il est déjà reconnu au niveau national car il y a des éléments qui montrent qu’on se souvient toujours de lui. C’est notamment le fait qu’il a été enterré à côté du prince Louis Rwagasore et le fait qu’il y a une rue qui lui a été dédiée en sa mémoire. Selon lui, à travers ces éléments, il est reconnu comme une personnalité de grande importance dans l’histoire du Burundi indépendant. « Même s’il n’y a pas de jour férié, je pense que sa mort est regrettée par le peuple burundais ».
De son côté, Athanase Boyi trouve que le Premier ministre Pierre Ngendandumwe est un héros parce qu’il est mort pour les même raisons que le Prince Louis Rwagasore. « Il mérite le même sort d’être élevé au rang des héros ». Selon lui, il est le héros de l’unité, de la souveraineté nationale et de la démocratie. En tant que hutu, a souligné M. Boyi, il pouvait fonder son propre parti comme cela a été le cas au Rwanda. « Mais comme il prônait l’union nationale, il est resté aux côtés de Rwagasore et a continué sa politique et l’idéologie du parti Uprona tout en luttant contre les divisions entre les membres de ce parti et au sein de la population burundaise ».
Selon Athanase Boyi, affirmer que Pierre Ngendandumwe a été victime du conflit hutu-tutsi, c’est contraire à la vérité historique et à la vérité tout court. C’est également nier sa véritable stature historique, sa dimension symbolique et banaliser sa mort en la mettant sur le même pied que les milliers d’autres victimes (hutu et tutsi) de nombreux conflits ethnico-politiques qui ont marqué l’histoire de ce pays. C’est aussi lui priver de toute possibilité d’être érigé au rang de héros national au même titre que son ami personnel et politique le prince Louis Rwagasore. Il trouve ainsi que tout cela a été conçu et réalisé par ceux qui voulaient instrumentaliser sa mort pour creuser le fossé de haine entre les hutu et les tutsi.
Ainsi, il indique que dans l’histoire du Burundi, il y a de nombreux hommes politiques mais que trois personnalités méritent le statut d’homme d’Etat parce qu’ils mettaient en avant les intérêts de la nation au lieu de leurs intérêts. Il s’agit du Prince Ntarugera, du Prince Louis Rwagasore et de Pierre Ngendandumwe. « Les autres sont des hommes politiques », a-t-il conclu.

ASTERE NDUWAMUNGU

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