Me Rufyikiri échappe bel la prison de Mpimba

Rufyikiri & MmeBujumbura, le 8 janvier 2014 (Net Press). Le président du barreau de Bujumbura a comparu ce matin devant le 1er substitut du procureur général près la cour anticorruption, Mme Marie Ndayikunda. Accompagné de 5 confrères à sa défense, cette dame a refusé que Me Rufyikiri soit assisté et c’est après négociation qu’elle a accepté une présence à l’audience de 3 avocats. Le président du barreau a alors refusé de plaider sans l’assistance complète car la loi ne limite pas le nombre d’avocats pendant les procès. C’est à ce moment que ces avocats sont sortis avec leur client et ils se sont heurtés au blocage des policiers sans mandat d’arrêt. Cinq minutes plus tard, un premier mandat d’arrêt a été amené par un policier sur lequel on pouvait lire « Détournement ». Le prévenu, avec ses avocats, ont alors attendu à la sortie de la cour et au bout de quarante-cinq minutes, une copie d’autre mandat a été délivrée et sur celle-ci, il était inscrit « Gestion frauduleuse et détournement ». Sur la même copie, il était encore écrit que le prévenu avait fait des aveux, ce que les avocats ont jugé ridicule car leur client n’avait jamais été entendu par le magistrat.

Me Gabriel Sinarinzi s’est alors étonné de cette situation et a précisé que l’arrestation de son client ne s’est basée sur aucune loi puisque personne n’avait même porté plainte relative à ces détournements du centre burundais d’arbitrage et de conciliation (Cebac). Les avocats estiment que le fait de l’arrêter n’est qu’une machination politicienne car Me Rufyikiri est quelqu’un qui n’a pas la langue dans sa poche, a fait savoir Me Sinarinzi. Même si détournement il y avait, a-t-il poursuivi, le Cebac est une organisation entièrement privée et l’Etat n’a pas le droit de s’ingérer dans ses affaires. Et d’ailleurs, le comité du Cebac a bien précisé que la gestion de ce centre a été saine et le Page qui avait accordé le don a lui aussi confirmé cela, et la défense n’y voit pas un dossier judiciaire qui peut poursuivre Me Rufyikiri. Ce qu’a confirmé Ignace Bankamwabo, membre du comité du Cebac ce matin.

Pour Me Rufyikiri, il s’agit d’une procédure du pouvoir en place pour l’emprisonner afin que 3 dossiers qui sont pendants à Arusha contre le gouvernement burundais ne soient pas poursuivis en février de cette année car c’est lui qui s’en charge. Encore une fois, le gouvernement burundais veut porter à la tête du barreau un membre du Cndd-Fdd car l’actuel ne travaille pas à la solde de l’Etat. Pour lui, le fait de l’emprisonner provient d’une haine viscérale que l’Etat burundais a envers cet avocat. Me Isidore Rufykiri demande alors aux Burundais de pointer du doigt aux magistrats qui vont à l’encontre de la loi en emprisonnant des innocents afin qu’un jour J, ils soient révoqués de la justice burundaise car c’en est trop.

Pour les avocats de la défense, les agissements de Mme Marie Ndayikunda, substitut général près la cour anti-corruption, démontrent clairement qu’elle travaille sous injonctions. Pour preuve, a indiqué un de ses 5 avocats, Me Onésime Kabayabaya, en moins d’une heure, elle a émis deux mandats d’arrêt contre la personne du bâtonnier Isidore Rufyikiri. Pour le premier mandat, il est arrêté pour une infraction de détournement tandis que le second porte sur le détournement et la gestion frauduleuse.

Me Gabriel Sinarinzi a expliqué que ces infractions n’existent pas dans les textes régissant la loi burundaise. Il s’agit plutôt de détournement des deniers publics et de la gestion frauduleuse des comptes et budget de l’Etat. Les parties « … des deniers publics » et « … des comptes et budget de l’Etat » sont omises sciemment parce que les juges savent très bien que le bâtonnier Isidore Rufyikiri n’est pas un fonctionnaire de l’Etat et ne gère pas par conséquent les fonds publics, a précisé Me Sinarinzi. La défense s’interroge alors de quel détournement s’agit-il car il existe une multitude de détournements (exemple : détournement des mineurs). Notons également que Me Rufyikiri doit bénéficier d’un privilège de juridiction car ayant été un haut magistrat et c’est la cour suprême qui peut l’auditionner comme l’ont fait savoir ses avocats. C’est alors dans l’après-midi que le procureur de la cour anti-corruption a décidé d’annuler ces mandats contre Me Rufyikiri et la défense estime que les magistrats ont vu qu’il n’y avait pas d’infraction qui pèse contre le bâtonnier.

Les observateurs de la politique burundaise estiment qu’à travers ce geste plutôt maladroit de la justice, cette dernière vient de s’enfoncer davantage tout en fortifiant malgré elle le bâtonnier de l’ordre des avocats de Bujumbura. Cela devrait pousser cette même justice à tourner la langue 36 fois avant de poser son geste car sous d’autres cieux, outre que ces magistrats démissionneraient de fait, ils devraient également revoir la décision prise dernièrement de l’empêcher de tout mouvement de sortie et de rentrer dans son pays.

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