Nkurunziza a rencontré les Burundais des Pays-Bas et des environs

 

 (15.12.2013, http://www.arib.info) Le président de la République du Burundi Pierre Nkurunziza a comme prévu rencontré dimanche à La Haye la communauté burundaise résidant aux Pays-Bas et dans les pays limitrophes. Une rencontre qui a connu une très forte participation malgré un contexte politique tendu à Bujumbura et la lettre envoyée par l’opposition burundaise basée en Europe au Ministre Président du Royaume des Pays Bas, dénonçant la « dictature » de Nkurunziza dans la gestion du pays, notamment le très contesté projet de révision de la Constitution du Burundi. Mais, selon certains, la teneur des échanges n’était pas en général pour autant à la hauteur des enjeux du moment.

Accueilli par de tambours et de danses traditionnelles, le président Nkurunziza est arrivé vers 16h (heure de La Haye) où environ 500 Burundais surtout de la Hollande et de la Belgique l’attendaient.

Accompagné de son épouse Mme Denise Nkurunziza, le Chef de l’Etat était à la tête d’une forte délégation comprenant trois ministres (Affaires Etrangères, Défense nationale et Sécurité publique), trois ambassadeurs (ceux du Burundi aux Pays-Bas et en Belgique et celui des Pays-Bas au Burundi) ainsi que des officiels de la Présidence et du ministère des Relations extérieures et des dirigeants d’entreprises publiques et privées.

Initialement prévue pour durer quatre jours, cette visite d’Etat en Hollande a été écourtée au profit de l’Afrique du Sud où le président Nkurunziza devait se joindre aux autres dirigeants du monde pour les cérémonies d’Adieu à Nelson Mandela, ancien médiateur dans les négociation de paix inter Burundais et dont le rôle a été capital dans l’aboutissement d’un accord de partage du pouvoir signé en 2000 à Arusha en Tanzanie.

Le président Nkurunziza se félicite de ses réalisations

Dans son mot de circonstance, le président Nkurunziza a assuré être venu à la rencontre de ses compatriotes pour leur faire une mise au point de la situation réelle sur terrain et de voir ensemble les perspectives d’avenir et surtout le rôle de la diaspora burundaise dans le développement de leur pays d’origine.

Pour Nkurunziza, le Burundi évolue très bien depuis environ cinq à six ans. Tout au long de son allocution, il n’a pas manqué de vanter les fameux travaux communautaires qui auront permis de construire des milliers d’écoles primaires et secondaires, des centres de santé, des bureaux provinciaux et communaux réfectionnés.

 « Tenez ! Depuis 2007, nous avons déjà construit 3200 écoles primaires et secondaires, soit près du double du nombre des écoles construites depuis l’accession à l’indépendance jusqu’en 2007. C’est-à-dire, ce que les gouvernements passés ont construit en 45 ans, nous nous le faisons en 5 ans et nous les doublons même », s’est félicité le président Nkurunziza, ajoutant que le nombre total d’Universités ne cesse aussi d’augmenter, passant de 1 en 2003 à 17 en 2013.

« Des petites usines sont également construites et je vous dis chers amis, le meilleur est à venir [« akari inyuma karahinda basha » en langue locale] : des contrats d’extraction du nickel de Musongati vont bientôt être signés. Et là, on aura besoin de 400 géologues et ingénieurs, et bien entendu on va privilégier les nationaux. Donc, vous les gens qui ont étudié dans ce domaine, préparez-vous à rentrer », a renchéri Nkurunziza.

D’après les spécialistes, les réserves en nickel au Burundi sont immenses et seraient exploitées pendant environ 120 ans. Ce qui classe le Burundi au 7è rang mondial en réserves de nickel.

Le président Nkurunziza n’a pas oublié de mentionner les récentes performances du Burundi en matière de facilités des affaires selon le dernier rapport de la Banque Mondiale. Par ailleurs, selon toujours Nkurunziza, l’image du Burundi à l’étranger s’en trouve améliorée en raison de son implication dans la résolution des conflits en Afrique. Il a notamment rappelé les récentes nominations de Burundais à la tête des missions de paix, citant le commandement de l’AMISON (Mission de l’Union Africaine en Somalie) confié au Lieutenant Général Silias Ntigurirwa, le commandement adjoint de la MISCA (Mission Internationale de Soutien à la République centrafricaine) confié au Général de Brigade Athanase Kararuza, sans oublier l’ancien président Pierre Buyoya, aujourd’hui Chef de la MISMA (Mission Internationale de Soutien au Mali).

Appel à la diaspora burundaise

Et c’est cette image que Nkurunziza appelle la diaspora burundaise à défendre et à sauvegarder. Tout au long de son propos, il a appelé les Burundais de l’étranger à songer à leur pays d’origine, à investir ou à contribuer au développement du pays par l’apport financier, technique ou intellectuel.

Le Numéro Un burundais fustige ainsi ceux qui écrivent des ragots sur Internet ou les mauvaises langues sur lui ou sur le pays. « Quand vous parlez mal de votre pays, vous vous attirez la malédiction. C’est comme maudire votre mère. Ça ne se fait pas. Celui qui le fait sera maudit lui-même ! Vous allez voir ! Cela aura des répercussions même sur sa descendance. Moi, ça ne me dit rien. Au contraire, quand j’entend quelqu’un dire « je vais le chasser [du pouvoir]« , je rigole et je trinque. Je me ressers une [bouteille] encore et encore pendant que mon détracteur continue de parler [« nca niyongera rimwe, nkasubira irindi, nti zana basha n’irindi nawe abe aravuga »] parce que je sais bien qu’il n’y pourra rien », a averti avec humour Pierre Nkurunziza.

La teneur des échanges

Avertissement apparemment bien compris par le public venu l’écouter et échanger avec le Président. Ainsi, de toutes les 11 interventions venues du public, aucun mot sur les sujets chauds du moment, notamment le projet controversé de la révision de la Constitution, l’emprisonnement de l’ancien vice-président Frédéric Bamvugiyumvira, la crise à l’Université du Burundi, le problème des déplacés intérieurs de Ruhororo et d’autres sujets qui fâchent le pouvoir de Bujumbura ou l’opposition radicale.

A l’exception de la seule question sur la position du Burundi face à la crise au sein de l’East Africa Community (EAC) et le rapport de l’ONG Transparency International sur la corruption au Burundi, l’essentiel des interventions étaient axés sur des initiatives privées ou collectives, à la demande l’exonération fiscale à l’OBR (Office Burundais des Recettes), l’appui financier ou l’intervention par le Chef de l’Etat lui-même.

On a vu par exemple l’ex-président de l’association « Diaspora Burundaise de Belgique (DBB asbl) », Pr Libérat Ntibashirakandi (Photo) venu défendre le projet phare de la DBB qui consiste à relever le niveau des élèves dans les écoles secondaires du Burundi. Une initiative louable que le président Nkurunziza apprécie et a assuré soutenir. « Voilà une des rares associations qui allie l’acte à la parole pendant que les autres multiplient les mots sans actes concrets. Soyez rassurés de mon soutien monsieur le professeur Libérat » a répondu le Chef de l’Etat.

Interrogé pour savoir s’il n’a pas été surpris qu’aucune question en rapport avec l’actualité politique chaude n’ait été abordée, notamment la révision de la Constitution, Willy Nyamitwe (Photo, à droite), porte parole adjoint du président de la République, qui faisait partie de la délégation, répond :

« Ce qui divise la classe politique à Bujumbura n’est pas nécessairement l’enjeu de taille à l’extérieur du pays parce que la diaspora vit d’autres réalités et a besoin de s’affirmer autrement. De toutes les façons, la diaspora burundaise suit de près l’actualité.

« Comme le Parlement burundais a déjà ouvert sa porte et a appelé toute la classe politique dans son ensemble et tous les Burundais à lui soumettre leurs suggestions, je pense que la diaspora burundaise a estimé que la question de la révision de la Constitution n’est plus une question à poser au chef de l’Etat mais plutôt si la diaspora a des doléances, des suggestions à faire, elle sait désormais où les envoyer.

« Du moment que la diaspora burundaise est une communauté cultivée, informée, qui comprend les principes démocratiques et tous les rouages du pouvoir, alors ils ont compris avant les autres que s’ils ont des doléances, ils vont les envoyer au parlement », a-t-il ironisé.

Mais que s’est-il réellement passé pour qu’aucune question ne soit posée par exemple sur la possible candidature de Nkurunziza en 2015 ? L’opposition notamment l’ADC-Ikibiri en Europe, aurait-elle brillé par son absence en se contentant seulement d’écrire au Ministre Président du Royaume des Pays Bas, peu de temps avant la visite d’Etat, lui demandant de ne pas accueillir « le dictateur Nkurunziza » ? En tout cas, c’était l’incompréhension ou l’indignation pour certains.

Pour tenter de comprendre, nous avons demandé à des personnes qui voulaient parler mais à qui a été refusée la parole, faute de temps. Adrien Rugambarara résidant en Hollande (Photo, à gauche) assure qu’il s’est manifesté et a tenté d’obtenir la parole dès le début des interventions mais en vain. Une de ses connaissances faisant partie de la délégation lui aurait conseillé que « si tu veux poser des questions gênantes, ce serait mieux d’aller les poser sur ta page facebook comme tu aimes le faire ! Pas ici ».

« Je pense tout simplement que c’était préparé d’avance. Le modérateur a sélectionné les personnes qu’il savait bien avant, des personnes qui n’allaient pas poser ces questions », s’est indigné Adrien Rugambarara.

« Faux », rétorque un observateur qui se dit n’appartenir à aucun parti politique. « Ce n’est pas seulement Monsieur Rugambarara qui n’a pas obtenu la parole. Chaque rencontre a un début et une fin. Le président voulait clôturer la rencontre et justement il était un peu tard. Par ailleurs, il serait absurde de croire que Zéphyrin [Chef protocole du Président Nkurunziza] qui vit à Bujumbura connaît tous ces gens de Hollande et de Belgique », a-t-il réfuté.

Enfin, signalons que la visite d’Etat qui était prévue auprès des  autorités néerlandaises est reportée au début de l’année prochaine, selon le président Nkurunziza. Espérons que le Chef de l’Etat aura une autre rencontre avec les Burundais et que M. Rugambarara, cette fois-ci, pourra exercer son droit d’expression, même si, entre-temps peut-être, ses questions ne seraient plus les mêmes qu’aujourd’hui.

Jérôme Bigirimana

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