Quel est le deal de Nkurunziza en faisant avaler Busokoza aux Bagumyabanga ?

Thierry Uwamahoro

Rappelez-vous que les députes-bagumyabanga sont là pour servir Nkurunziza et non l’inverse. Je pointe toujours à deux modifications qui ont fait que les députés du Cndd-Fdd soient des représentants personnels de Nkurunziza (ou, au sens élargi, du conseil des sages).

Il y a eu d’abord la modification de la loi électorale qui a dérobé le député de son mandat national en précisant qu’un député perd son mandat si il est renvoyé de son parti d’origine. Ceci n’était pas le cas en 2005. Ceci veut dire aujourd’hui que si un député ne vote pas exactement comme son parti le désire, il est chassé de son parti et perd automatiquement son siège.

AU Cndd-Fdd, ils sont même allés un peu loin avec le congres de Bubanza durant lequel le pouvoir de rayer un membre de la liste des Bagumyabanga a été formellement donné au très restreint conseil des sages dont Nkurunziza est président. Ceci veut dire que chaque député doit plaire au conseil des sages et, plus particulièrement à Nkurunziza, son président. De ceci vous comprendrez pourquoi ces députés ne pouvaient pas contredire la volonté de l’homme qui a le plein pouvoir de les renvoyer de Kigobe. Mais, alors, que veut Nkurunziza ?

Quel est le deal qui a fait avaler aux députés Bagumyabanga la nomination de cet homme qui a été cité dans l’affaire coup d’Etat contre Ndadaye depuis le 3 Juillet 1993 (oui effectivement, avant le coup d’état d’Octobre 1993, il y a eu celui manqué de Juillet 1993 qui visait Ndadaye?

Le Colonel Sylvestre Ningaba et le Major Busokoza Bernard seront arrêtés et envoyés à Mpimba pour cette affaire pour se retrouver libre la nuit du 21 Octobre ; ça c’est l’histoire du Burundi. Vous vous rappellerez qu’a la prise de ses fonctions, Ndadaye avait pris la décision de libérer tous les prisonniers politiques avec l’exception de ceux arrêtés après le 3 Juillet 1993. Il parlait effectivement du Colonel Ningaba, du Major Busokoza et consorts). Une longue parenthèse.

Revenons à la question de que veut Nkurunziza ?

Tous les enjeux sont sur 2015. Les détails des modifications de la constitution qui sera bientôt envoyée a l’assemblée nationale et dont apparemment les députés de l’Uprona ont accepté de voter à l’unanimité en échange de la nomination de Busokoza vont éclairer les zones d’ombre. Prenons un seul exemple, que je trouve extrêmement important :La nouvelle constitution ELIMINE TOUTES LES DISPOSITIONS AYANT TRAIT A LA PERIODE POST-TRANSITION.

Concrètement, ceci veut dire que l’article 302 qui précisait les modes d’élection du premier président post-transition ne sera plus là. Alors sans l’article 302, il ne reste que l’article 96 qui stipule : « Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois ». Sans l’article 302, Nkurunziza devient légalement et constitutionnellement présidentiable en 2015.

Dans l’exposé des motifs pour cette modification de la constitution, on parle de l’anachronisme d’avoir des articles post-transition dans notre constitution comme raison de suppression des articles régulant la période post-transition. Clairement, ce n’est qu’une astuce. Ceci alors, explique cela !

Alors le deal ?

Nkurunziza gardera le pouvoir en 2015 et aura un pouvoir plus solidifié car la démocratie consensuelle imaginée à Arusha meurt avec les amendements proposés avec la nouvelle constitution. L’Uprona a eu son candidat; Nkurunziza presidera jusqu ‘en 2020 !

Affaire à suivre…

18.10.2013, Par Thierry Uwamahoro

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