Uprona : des Raspoutine et des Brutus

(06-10-2013, http://www.iwacu-burundi.org) L’actuel premier vice-président de la République serait sur la touche. La chute programmée de Térence Sinunguruza montre à quel point le parti Uprona est champion dans l’art des calculs et autres intrigues. Petit tour au cœur des vengeances et positionnement politiques.

Isidore Mbayahaga, l’ancien chef de protocole de Térence Sinunguruza, aidé de Gaston Sindimwo, est le principal artisan du complot ©Iwacu

Isidore Mbayahaga, l’ancien chef de protocole de Térence Sinunguruza, aidé de Gaston Sindimwo, est le principal artisan du complot ©Iwacu

Un fait : Térence Sinunguruza, n’est pas très aimé. Calculateur, l’homme a su toujours tirer son épingle du jeu des divisions des uproniste. Il a pu se faire une place au soleil mais il s’est fait aussi pas mal d’ennemis tout au long de son parcours politique. Mais il n’a pas vu le coup venir. « Il a tellement été bon dans ses magouilles qu’il semble avoir fait des adeptes qui, aujourd’hui, sont en train de dépasser le maître », raconte une source bien informée.
En effet, l’actuel 1er vice-président de la République avait su si bien constituer sa propre cour autour de lui et à Kumugumya (siège du parti), que ce qui lui arrive est un véritable coup de maître.

On connaissait les upronistes fins manipulateurs, mais ils se sont surpassés. Le maestro est digne des meilleurs toreros.
A Kumugumya et dans les couloirs de la première vice-présidence, un seul nom à l’unanimité : le Raspoutine est Isidore Mbayahaga, l’ex chef de protocole de Térence Sinunguruza, récemment remercié par ce dernier, et devenu entretemps directeur commercial de l’Onatel. Motivation de Mbayahaga ? Là aussi, unanimité : M. Mbayahaga n’a pas d’autre motivation que la vengeance.

Ah ! La politique… Il y a encore quelques jours, sieur Mbayahaga ne jurait que par le 1er vice-président : « Pour moi, l’Uprona se résume à Sinunguruza, c’est grâce à lui que je suis, enfin, ce que je suis », disait notre Brutus, entend-on dans les bureaux de la 1ère vice-présidence : « Quand il était chef de protocole de Sinunguruza, il ne portait jamais les couleurs de l’Uprona, ne faisait jamais le salut du parti. Mais depuis qu’il a été viré par Sinunguruza, il portait du rouge-blanc de la tête aux pieds », s’étonne-t-on à Kumugumya.

Personne n’a rien vu venir …

Il y a quelques jours, les médias annonçaient une prochaine réunification au sein de l’Uprona. Sur le coup, très peu, sauf ceux qui étaient dans le secret, y associent un éventuel départ de Térence Sinunguruza. Surtout que cette réunification est annoncée par le courant de réhabilitation de l’Uprona, sans être relayés par Kumugumya. Bref, personne n’y prête grande attention.

Ensuite, quelques jours plus tard, le 1er vice-président ne participe pas à l’assemblée générale annuelle des Nations Unies à New York. A la place, une délégation de trois personnes, menée par Laurent Kavakure, le ministre des affaires extérieures, s’y rend. « Il s’agit d’un problème d’argent, rien d’autre » s’entend-on répondre, et la réponse semble suffire. Aussi bien pour les journalistes que dans les bureaux de la 1ère vice-présidence.
Pourtant, ce que Térence Sinunguruza appellera plus tard un coup d’Etat est déjà en marche. Un coup dont les rumeurs commencent à circuler durant le week-end dernier. Un nom du probable successeur de Térence Sinunguruza est même avancé. Il s’agit de Jean-Claude Ndihokubwayo, l’actuel ministre du développement communal.

Victime, d’abord, d’une vengeance

Dans les couloirs de la 1ère vice-présidence, personne n’avait compris pourquoi Térence Sinunguruza a viré Isidore Mbayahaga, qui était son enfant chéri. «  La raison devait être suffisamment importante pour que Sinunguruza se sépare de lui » murmure-t-on. Mais forcément, Isidore Mbayahaga n’a pas apprécié d’être mis à l’écart par son ancien maître. Il a préparé sa revanche. Lundi dernier, le 1er vice-président réunit ses cadres pour les mettre au courant du complot visant à l’évincer.

Protestant très pratiquant (un « born again » comme son ancien patron), Isidore Mbayahaga aurait, grâce à la première dame, avec laquelle il prie, et par le biais du chef de protocole du président de la République, pu approcher le numéro un burundais. Il serait parvenu à le convaincre que « Térence Sinunguruza est devenu indésirable à Kumugumya et pour les cadres de la première vice-présidence. »
Informé et convaincu par Isidore Mbayahaga que le président de la République est d’accord pour lâcher Sinunguruza, le président de l’Uprona saute sur l’occasion. Surtout que le même Mbayahaga lui susurre que Térence Sinunguruza intrigue pour le chasser de la direction du parti. Pour Charles Nditije, c’est une occasion de réussir la réunification du parti, puisque pour le courant de réhabilitation, Térence Sinunguruza est le principal artisan de la division. Mais, surtout, Charles Nditije veut rester à la tête de l’Uprona, et se positionner en tête de liste pour 2015.

Poignardé dans le dos par ses poulains

Parmi les cadres de la 1ère vice-présidence, Gaston Sindimwo, le chef de cabinet adjoint, et secrétaire général du parti retourne sa veste sans hésiter et se détourne de son patron. Pour lequel il se battait bec et ongles. Il a peur de sauter avec lui, surtout qu’il a toujours été contesté pour son poste, incompatible, disent ses détracteurs, avec son diplôme. Monsieur est plutôt dessinateur avec des connaissances dans le froid. A Nyakabiga, il possédait un atelier apprécié dans la réparation des frigos.
Gaston Sindimwo et Isidore Mbayahaga font alors un lobbying pour Jean Claude Ndihokubwayo, assurés que leurs intérêts et ceux de la direction du parti seront sauvegardés. Charles Nditije propose ensuite au président de la République une liste de trois personnes, avec en tête le ministre du Développement communal.
Térence Sinunguruza devra donc partir, même s’il a prétendu, dans la réunion de lundi avec ses cadres, avoir fait rater « le coup d’Etat » qui le visait.

Lâché par le pouvoir …

Selon un cadre à la 1ère vice-présidence, dans cette réunion, il était clair que Sinunguruza semblait résigné : « De toute façon, il a intérêt à caresser Nditije et Gaston dans le sens du poil pour rester sur son fauteuil. Mais ça m’étonnerait que ces derniers fassent machine arrière. » Car, indique une autre source à Kumugumya, les jeux sont déjà faits : « Une telle décision d’écarter Sinunguruza ne peut être prise sans que le pouls du parti au pouvoir n’ait été tâté. Si le président de la République a accepté la liste de Nditije, c’est que Sinunguruza a été lâché et il va sauter. »

Cependant, si Pierre Nkurunziza accepte cette liste, le prochain 1er vice-président aura une dette envers lui. Et un conflit finira par naître entre le successeur de Térence Sinunguruza et le président du parti. Car, si Charles Nditije vise la réunification du parti, il devra réintégrer dans les organes du parti ceux qui en avaient été écartés par Bonaventure Niyoyankana, et qui constituent le noyau dur du courant de réhabilitation. Et s’il est connu que ceux-ci combattront une probable candidature de Pierre Nkurunziza, il est clair que le premier vice-président la défendra. Echange de bons procédés.
La réunification risque alors d’être de courte durée, car ceux qui auront été nantis par le 1er vice-président défendront sa position contre Kumugumya, une fois de plus.Isidore Mbayahaga, l’ancien chef de protocole de Térence Sinunguruza, aidé de Gaston Sindimwo, est le principal artisan du complot.

Edouard Madirisha

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