Seins nus contre matraques policières, une première

(30-09-2013, http://www.iwacu-burundi.org) Les travailleurs de l’Office Burundaise des Recettes (OBR) escortés par la police ont tenté d’opérer une saisie des pagnes importés dans l’illégalité. Ils ont fait face à une résistance inattendue de la part des « mamans commerçantes », ce vendredi 27 septembre au marché dit Chez Siyoni

La colère des vendeuses de pagnes ... ©Iwacu

La colère des vendeuses de pagnes … ©Iwacu

Le Burundi a, presque, ses « Femen » : plus de 300 femmes éplorées, les cheveux en l’air, les unes brandissaient les poings serrés, les autres pointant leurs seins en direction des policiers. Elles crient à qui mieux-mieux : « Tuez-nous, nous n’avons plus rien à perdre. »
Parmi elles, des « rescapées » de l’incendie du marché central de Bujumbura, en début d’année : « A cette date, au mois de janvier, au moins le feu n’a emporté que nos biens. Aujourd’hui, à la même date, c’est la police et l’OBR qui nous harcèlent et veulent nous dépouiller de notre vie en voulant faire main basse sur les pagnes que nos voisins congolais nous donnent à crédit.»

Ici, emportée par le désespoir, une femme torse nu sautille, en hurlant. Des sillons de larmes sur les joues, elle soulève le pan de ses pagnes jusqu’à mi-cuisses. Les journaliste ne savent plus quelle scène filmer, ni où regarder.
Là, c’est une vielle maman qui tombe en syncope, et ses camarades d’infortune s’activent pour la réanimer. Ou encore une vendeuse âgée qui jette sa camisole par dessus tête, alors que tout autour des pickpockets s’affairent à palper la foule de badauds qui se pressent pour voir cette scène surréaliste  … A l’arrière-fond, ce sont des gens qui jettent des pierres sur la toiture des kiosques ou même en direction des policiers.

Ceux-ci sont débordés, un peu énervés. Les canons des kalachnikovs sont pointés vers le sol. Les images des torses nus ont choqué. Les têtes se détournent, bouché bée, alors qu’on tente d’écarter de la main une maman qui fonce vers un agent de la PNB en déversant un torrent d’injures … Les policiers sont tantôt hués par les femmes révoltées, tantôt par la foule de badauds.
Voilà décrite la situation qui régnait à Bujumbura city market dit « chez Siyoni »au moment où le commissaire aux enquêtes à l’OBR tentait de mettre des scellés sur la cinquantaine de kiosques des commerçantes de pagnes. C’était à 16 heures. Plus tard, les vendeuses passeront la nuit au marché pour « s’assurer que les policiers ne pilleraient pas leurs boutiques », affirmaient-elles.
Et le bras de fer prendra fin ce samedi, la police ayant procédé à l’arrestation de 109 commerçantes pour les cachots de la Police de Sécurité Publique, à Buyenzi, avant qu’elles ne soient relâchées ce dimanche en fin d’après-midi, grâce notamment à l’implication de l’Ombudsman.

Elles reconnaissent pourtant l’illégalité de leur commerce …

Les commerçantes se dédouanent tous azimuts : « Ce sont certains travailleurs corrompus de l’OBR qui nous livrent les pagnes ici même sans que nous ayons à nous déplacer pour le Congo», déclare sans détour l’une d’elles. Elle continue en indexant l’OBR  pour n’avoir jamais affiché les tarifs de taxes à payer à la douane de Gatumba, qui donne sur la RDC : « Aujourd’hui, l’Office nous fait payer 100.000Fbu et le lendemain, le double, pour la même marchandise. L’opacité du système de taxation de l’OBR nous pousse à corrompre ses travailleurs ainsi que les policiers à la frontière», révèle la dame.
Maman Yvette, une syndicaliste témoigne : «Depuis l’époque du président Ndayizeye, les pagnes importés ont toujours causé des problèmes liés à leur surtaxation. Les commerçants optent pour la fraude. » Audace Bizabishaka, président du Syndicat Général des Commerçants (SYGECO) abonde dans le même sens que la précédente : « Au moment où la taxe sur les autres produits varie entre 0 et 25%, celle sur les pagnes était de 50%. Avec la nouvelle loi sur les taxes, il faut y ajouter 70%, ce qui fait une taxe globale de 120% … »

Quand bien même les mamans vendeuses reconnaissent qu’il y a des pagnes importés dans l’illégalité, il ne sera pas aisé pour l’OBR de les identifier puisqu’il en existe sur le marché qui ont été achetés à des grossistes qui les font entrer au pays par les voies légales. D’autre part, l’OBR revend certains stocks après les saisies de marchandises illégales.
Une pratique dénoncée par Emmanuel Ndayiragije, président de l’association des commerçant transfrontaliers : « L’OBR n’a pas le droit de mener des saisies sur des produits déjà en vente. » Sa position est partagée par Antoine Muzaneza, président de l’association des commerçants du Burundi (ACOBU). Ce dernier va même jusqu’à blâmer la police : «Aucun pays au monde, sauf au Burundi où  les policiers en armes sont autorisés à pénétrer à l’intérieur du marché, sauf exception ! »

Pourtant, l’OBR s’explique : « Nous venons pour la collecte des recettes de l’État. Nous voulons lutter contre l’illégalité douanière et s’il y a quelque employé de l’OBR qui est pointé du doigt dans la facilitation de la fraude, qu’il soit dénoncé. Par cette opération, l’OBR veut éduquer le contribuable au civisme fiscal » déclareront les employés de l’institution, les commissaires présents sur le terrain ayant refusé de s’adresser à la presse.

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