Burundi : ressacs et micmacs

(27/09/2013, http://www.jeuneafrique.com) Avec le retour d’exil des principaux opposants, le Burundi semble s’engager sur la voie de la réconciliation. De là à ce qu’elle tienne jusqu’aux prochains scrutins… D’autant que le président n’exclut pas de briguer un nouveau mandat en 2015.

Le Burundi est à l’image du lac Tanganyika : agité en permanence. Pour le comprendre, il suffit de s’asseoir sur la plage de Kagongo, dans la province de Bururi, dans le sud du pays, et de contempler l’immensité lacustre, secouée par d’incessants ressacs. C’est à se demander si elle ne va pas finir par déborder et engloutir toute vie alentour. La peur est de courte durée : les eaux du lac refluent. Et le manège recommence.

Ainsi va le Burundi, habitué à se faire peur. Au point que chacun redoute constamment une énième descente aux enfers. Paranoïa injustifiée ? Méconnaissance de la réalité du pays ? Sûrement pas. Ici, tout ce qui peut paraître banal ailleurs prend de l’ampleur. Tout frémissement, tout frétillement inquiète. On l’a vu en 2010, lorsque les candidats de l’opposition, qui dénonçaient des irrégularités, se sont brusquement retirés des élections. Leur départ en exil avait alors fait craindre le pire, ravivant le douloureux souvenir des années de guerre. Certes, il y a eu des tueries, dont la responsabilité est partagée. Mais le Burundi n’a pas sombré corps et biens.

Au contraire, le pays serait même plutôt sur la voie de la réconciliation, selon Parfait Onanga-Anyanga, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies au Burundi. « Depuis l’accord de paix d’Arusha, en 2000, les Burundais ont prouvé leur capacité à gérer une transition pacifique qui a conduit à l’adoption d’une Constitution consensuelle, constate le diplomate gabonais. Ils ont organisé, en 2005 et en 2010, des élections jugées globalement crédibles par la communauté internationale. Ils ont aussi remarquablement réussi l’intégration de leurs forces de sécurité, autrefois éléments déstabilisateurs. »

Apaisement

En mars, l’ensemble de la classe politique s’est rassemblé autour d’Onanga-Anyanga. Objectif : apaiser les tensions afin que les élections générales de 2015 soient le plus transparentes possible. Certains des leaders de l’opposition partis en exil sont revenus à Bujumbura à cette occasion. C’est le cas de Pascaline Kampayano, une proche de Hussein Radjabu – ancien numéro un du parti présidentiel, le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD), emprisonné depuis 2007 -, actuellement à la tête de l’Union pour la paix et le développement. Et d’Alexis Sinduhije, président du Mouvement pour la solidarité et le développement. Quant à Agathon Rwasa, leader des Forces nationales de libération, il est revenu en août. Seul Léonard Nyangoma, dirigeant du parti dissident CNDD, n’est pas rentré au pays.

Toujours sous l’égide du Bureau des Nations unies au Burundi, pouvoir et opposition se sont retrouvés en mai à Kayanza, à une centaine de kilomètres au nord de la capitale. La révision consensuelle du code électoral de 2009 était cette fois à l’ordre du jour. Mais avant même que cela ne se réalise, les deux camps étaient de nouveau à couteaux tirés. Au coeur du débat : le président Pierre Nkurunziza peut-il briguer un troisième mandat en 2015, alors qu’il n’a droit qu’à deux mandats ? Oui, répond son camp, arguant qu’il n’a été élu qu’une seule fois au suffrage universel – en 2010. Non, clame l’opposition, pour qui le mode de scrutin ne rentre pas en compte, et qui se dit déterminée à empêcher toute violation de la Constitution.

Une mauvaise réputation…

En attendant que cette question soit tranchée, le Burundi se concentre sur les moyens d’améliorer l’état de son économie. S’il a fait un grand bond en avant dans le dernier classement « Doing Business » de la Banque mondiale (il est passé du 172e rang au 159e), il doit maintenant se débarrasser d’une mauvaise réputation qui lui colle à la peau : selon l’ONG Transparency International, il est le douzième pays le plus corrompu au monde et le premier de la Communauté d’Afrique de l’Est. Pour cela, le gouvernement a créé différentes structures, comme l’Office burundais des recettes, dirigé par l’Irlandais Kieran Holmes, qui a permis à l’état de recouvrer ses créances – ce qui n’a pas empêché les recettes annuelles de baisser, principalement à cause de l’incendie qui a détruit le marché central de Bujumbura. Le pays s’est également doté d’un ministère de la Bonne Gouvernance et de la Privatisation, chargé de lutter contre les malversations et l’impunité.

Le Burundi doit aussi s’efforcer de réduire sa dépendance à l’aide internationale. Pour élaborer son budget, le gouvernement attend chaque année un apport extérieur à hauteur de 53,5 %… au risque de voir toute l’économie déstabilisée lorsque cet apport fait défaut. Beaucoup d’espoir a été fondé sur la conférence des donateurs de Genève, en octobre 2012. à l’issue de cette réunion, 2,6 milliards de dollars (près de 2 milliards d’euros) ont été promis au Burundi. Mais la promesse tarde à se concrétiser, accentuant encore les difficultés financières du pays. Heureusement, les Burundais ont compris qu’ils peuvent, dans certains cas, compter sur eux-mêmes. Les travaux communautaires, qui ont permis la construction de plusieurs infra­structures sur une bonne partie du territoire, en sont la preuve.

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