Débat autour du mécanisme de justice transitionnelle

Bujumbura, le 25 septembre 2013 (http://www.netpress.bi). Après la position exprimée par Mgr Simon Ntamwana, Archevêque de Gitega, sur le pardon et la réconciliation entre Burundais (Cf. Net Press du 21 septembre 2013), celle de Festus Ntanyungu et d’Aloys Batungwanayo sur l’implication ou pas de la société civile et des confessions religieuses dans la mise en place de la commission vérité et réconciliation, Cvr, (Cf. Net Press du 23 septembre 2013), notre agence se voit dans l’obligation de livrer à son lectorat la position des membres d’Ac génocide-Cirimoso, une association la réhabilitation des rescapés de la crise de 1993 et les années qui ont suivi et le jugement des auteurs de ce mal absolu.

Pour M. Pascal Ntahonkuriye, vice-président de l’association des rescapés de Bugendana, il est surprenant que M. Festus Ntanyungu contrarie le rapport des consultations populaires menées par une commission qu’il présidait. Il considère qu’il s’agit d’une volonté délibérée de ce membre du parti présidentiel, le Cndd-Fdd, de nier la position des Burundais consultés qui recommandaient que la Cvr soit composée majoritairement par des membres de la société civile. La raison étant que la plupart des politiciens ont trempé d’une façon ou d’une autre dans les tueries inter burundaises qui ont endeuillé le pays.

Il donne l’exemple de Bugendana où les rebelles qui venaient de tuer sur le champ les Tutsi scandaient le slogan comme quoi ils sont des combattants du Cndd-Fdd, une façon de montrer qu’ils étaient au service de ce parti. D’autres exemples évoqués par M. Ntahonkuriye concernent l’assassinat de Melchior Ndadaye par les éléments de l’armée et les déclarations de Jérôme Ndiho après l’assassinat des 40 séminaristes de Buta. Des illustrations à ses yeux qui justifieraient pourquoi la mise en place de la Cvr est toujours reportée. Il trouve que les auteurs de ces crimes tirés d’une longue liste se protègent mutuellement tant qu’ils détiennent encore le pouvoir. Et au cas où la position de Festus Ntanyungu refléterait celle du parti au pouvoir, estime M. Ntahonkuriye, le projet de loi de la Cvr pourrait passer dans son état actuel et les Burundais ne connaîtront jamais de vraie réconciliation. Ce sera plutôt prêter une main forte aux génocidaires et aux responsables des violations massives des droits de l’homme au Burundi, ajoute-t-il. Il signale cependant que même au sein de la société civile et des organisations de la société civile, il faut aussi choisir des gens intègres.

Même son de cloche chez Ferdinand Ndayiragije, un rescapé de Buraza et Isaac Nsabimana, un rescapé de Mutaho. Pour eux, la plupart des membres des deux dernières catégories inspirent confiance parce qu’ils n’ont pas de mains sales et ne sont pas mus par des intérêts politiques. M. Ndayiragije propose qu’aucun membre d’un parti politique ne devrait figurer dans la Cvr.

Quant à la position de Mgr Simon Ntamwana invitant les victimes à effectuer la première démarche pour ce qui est du pardon et de la réconciliation, tous les trois interlocuteurs de la rédaction de Net Press ne croient pas à leurs oreilles. Ils sont surpris que de telles paroles sortent de la bouche d’un homme d’Eglise. Pour Pascal Ntahonkuriye, c’est comme s’il s’agit d’un prêtre qui approcherait en premier les pécheurs pour leur demander de venir se confesser chez lui. M. Isaac Nsabimana trouve que dans la logique des choses, c’est plutôt l’agresseur qui demanderait pardon en premier et la victime pourrait pardonner ou pas selon ses propres raisons. Mais pour des crimes imprescriptibles, il revient, selon lui, à la justice de se saisir car, le pardon et la réconciliation qui ignorent la justice n’aboutira pas aux objectifs de la Cvr.

Pour sortir du cycle infernal des crises burundo-burundaises, M. Pascal Ntahonkuriye propose la mise en place d’une loi qui séparerait le blé de l’ivraie. Le blé étant tous les citoyens honnêtes qui se recrutent dans toutes les couches de la communauté burundaise et l’ivraie, le petit groupe des Hutu et des Tutsi qui sont responsables du passé sombre de l’histoire de notre pays. Au cas contraire, estime-t-il, le problème de la globalisation va se perpétuer. Dans le cas des Tutsi, on continuera à dire que ce sont des Hutu qui sont des criminels et vice-versa.

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