Prise d’otages au Westgate Mall : l’incroyable témoignage d’un rescapé burundais

(http://www.iwacu-burundi.org, 24-09-2013) Il s’appelle Fred Ngoga Gateretse. Il était dans ce centre commercial quand les Shebabs ont lancé leur assaut. Il a vécu le calvaire de l’attaque des Shebabs de ce samedi à Nairobi. Il s’est confié à Iwacu depuis la capitale kényane.

Fred Ngoga (au centre) dans l'Art Cafe, avec l'ancien Premier Ministre Somalien Al Khalif Galayd et l'Honorable Buri Hamza :  "Nous étions tous les trois à la même table même si la photo date d'il y a un mois" ©Iwacu

Fred Ngoga (au centre) dans l’Art Cafe, avec l’ancien Premier Ministre Somalien Al Khalif Galayd et l’Honorable Buri Hamza : « Nous étions tous les trois à la même table même si la photo date d’il y a un mois » ©Iwacu

Selon son témoignage, depuis 10 heures, Fred Ngoga, chargé des questions politiques et militaire à l’African Mission in Somalia (Amisom) s’entretenait à l’intérieur d’Art Café avec Ali Khalif Galyd, ex-premier ministre somalien. Le dignitaire somalien était accompagné d’un concitoyen parlementaire.

Selon lui, il était midi et demi quand il a entendu une explosion. « C’était une première grenade, mais je croyais à une explosion de pneu de voiture », dira-t-il. Aussitôt après, c’était une deuxième explosion. Fred Ngoga se souvient que les gens sur le balcon étaient projetés par l’explosion. « C’était le tohu-bohu général au restaurant », se souvient-il. Il a alors couru pour se cacher. A peine sorti, un crépitement d’armes automatiques s’est fait entendre. C’était un groupe de Shebabs qui tiraient depuis le parking du sous-sol pour tenter d’entrer, un autre groupe étant passé par le parking d’en haut où se déroulait une compétition de cuisine asiatique. Les assaillants tiraient sur tout ce qui bougeait. De l’avis du burundais, Ils étaient autour de vingt individus ; en tout cas plus nombreux que ceux annoncés par les autorités kényanes. « Je me suis couché derrière un mur avec sept femmes de toutes les couleurs et de plusieurs nationalités. Un couple d’européens avec une fillette de plus ou moins 7 ans tentait de se sauver aussi», confie-t-il.

Nez à nez avec les terroristes

D’après toujours Fred Ngoga,  une peur panique se lisait sur tous les visages. « Je me suis retrouvé nez à nez avec quatre assaillants. Ils m’ont demandé si j’étais musulman ou chrétien. J’ai laissé échappé : « Chrétien ! » Canon de fusil braqué sur mes tempes, Ils m’ont alors demandé de réciter quelques versets du  Shahad, la prière du mourant ». Il raconte qu’il a malgré tout gardé son sang-froid au moment où les dames se trouvaient dans leurs états. Il se disait dans son for intérieur : « Je suis chrétien. Si je dois mourir, je ne dois pas trahir mon Dieu. »

Le deus ex machina

Si l’on en croit les propos de Fred Ngoga, les Shebabs allaient lui tirer dessus quand tout à coup une grenade a explosé du côté du supermarché Nakumatt. Les terroristes ont couru dans la direction du supermarché pour affronter les forces kényanes. Avec les sept femmes, ils sont allés se cacher dans les stocks du magasin Identity. Il poursuit son récit : « J’ai intimé l’ordre aux femmes d’éteindre leurs portables. Du mien, j’ai envoyés des messages aux forces de défense kényane, à un des mes collègues chargé de la sécurité, un autre à mon beau-frère journaliste au Monde et un quatrième à un de mes collègues d’une des ambassades occidentales. Je leur ai filé un mot de passe en cas d’intervention pour nous secourir. »

Fred Ngoga, lors d'un briefing avec des militaires burundais de l'Amisom, en Somalie ©Iwacu

Fred Ngoga, lors d’un briefing avec des militaires burundais de l’Amisom, en Somalie ©Iwacu

Mauvais mot de passe

Fred Gateretse raconte que de temps en temps, les Shebabs criaient : « Sortez de vos cachettes, we are good guys » (nous sommes de bons types). Une des sept femmes a tenté de répondre. La réaction du Burundais fut spontanée : «  En une fraction de seconde, raconte-t-il, de ma main, j’ai bâillonné sa bouche ».
8 heures qu’ils étaient coincés à l’intérieur des stocks du magasin. De temps en temps, ils entendaient du fond de leur cachette des crépitements d’armes automatiques échangés entre l’armée kenyane et les preneurs d’otages. « Nos portables se sont déchargées, la lumière est allée décrescendo et une odeur acre de poudre est montée dans nos narines. Le désespoir a gagné les femmes. Elles n’en pouvaient plus, la sueur perlait sur leur visage », confie Ngoga.

Enfin ils sont libres

Fred Ngoga se souvient que c’est vers 7h 45 que l’intervention est enfin arrivée. Les policiers ont lancé : « Fred?». Un silence : « Ngoga ». C’était le mot de passe qu’il leur avait donné. Chacun a poussé le soupir de soulagement. Les femmes exultaient en voyant qu’elles étaient désormais sous la protection de l’armée kényane. C’était la fin du cauchemar. »
M. Fred Ngoga Gateretse conseille : « Pour avoir des troupes opérationnelles en Somalie, le Burundi se doit de renforcer ses capacités à répondre à ce genre d’attaque».

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s